le 26 janvier 2012
Contre le chômage, s’attaquer aux racines du mal

L’année 2012 augure mal d’une embellie sur le front de l’emploi.

Sous l’effet de la crise, le chômage a atteint en décembre dernier son plus haut niveau depuis 1999, laissant plus de 2,8 millions de personnes sans emploi. Et selon toute vraisemblance, cette année verra le chômage dépasser la barre symbolique des 10 %. Face à l’urgence de la situation, le Président de la République a récemment dévoilé une série de mesures pour parer au plus pressé. En misant sur la simplification du chômage partiel et le renforcement des moyens du service public de l’emploi, le gouvernement s’est donné les moyens d’enrayer la progression du chômage.

Le renforcement de tels outils n’en rend cependant pas moins indispensable la nécessité de s’attaquer aux racines du mal, à savoir un marché du travail défectueux. La crise, au fond, ne fait qu’exacerber ce problème historique et de nature structurelle. Reste que pour le résoudre, l’État ne peut pas tout. C’est pourquoi le reflux du chômage appelle assurément une nouvelle politique active de l’emploi en direction de trois objectifs.

La première réforme renvoie au problème d’appariement dont souffre notre marché du travail : l’offre et la demande peinent à se rencontrer. La raison ? Elle tient surtout à une inadéquation flagrante entre la formation – initiale ou professionnelle – et les besoins des entreprises. Ce dysfonctionnement obère notre capacité à satisfaire la demande de travail exprimée par les entreprises sur une cinquantaine de métiers. Du soudeur à l’ingénieur R&D en passant par le chef de chantier, des milliers d’offres d’emplois à l’échelle de notre groupe manquent de trouver preneur faute de disposer des bonnes compétences. A l’heure où plus de quatre millions de personnes, toutes catégories confondues, sont inscrites au Pôle emploi, cette situation est proprement insupportable.

Mais, plus grave encore, ce problème de formation hypothèque notre compétitivité future. Celle-ci est suspendue à notre capacité à anticiper les métiers de demain, une exigence au regard des mutations industrielles qui s’opèrent sur le territoire. Tandis que certains secteurs de notre économie sont amenés à disparaître, d’autres sont en voie d’émergence : énergies vertes, biotechnologies, nouveaux matériaux… Ces secteurs d’avenir créent un appel d’air pour une main d’œuvre capable de s’adapter. Investir dans des formations adaptées aux besoins des entreprises – gage d’une employabilité accrue – serait dès lors plus judicieux que préserver à grands renforts de subventions des emplois à faibles perspectives.

Le deuxième enjeu consiste à sécuriser les parcours professionnels. Notre vie professionnelle s’articule de plus en plus autour de deux, voire trois temps de carrière. Cette nouvelle dynamique est dictée par la réalité de l’emploi aujourd’hui – réalité que notre droit du travail ne semble pas avoir complètement appréhendée au demeurant. Les salariés en effet ne font plus leur carrière dans une seule et même entreprise, ils se forment et acquièrent de nouvelles compétences, expérimentent différentes formes d’emploi au gré de leurs choix professionnels… Autant d’évolutions qui exigent de sécuriser les parcours. Or, en la matière, notre profession a une expertise à faire valoir. Grâce à une connaissance fine des bassins d’emploi et des besoins des entreprises, nous sommes en mesure de proposer des formations adaptées à la réalité de chaque entreprise. Un exemple concret ? Nous avons remis à l’emploi des salariées travaillant dans le textile, un secteur en difficulté, vers l’aéronautique, où leurs compétences (précision, dextérité, etc.) s’accordaient avec un « métier pénurique », celui d’ajusteur.

Bien sûr, si nous sommes légitimes pour innover, c’est fort de notre faculté à créer des emplois. Ainsi, sur les 120.000 emplois créés en 2010, 118.000 l’ont été grâce à l’intérim. Ce tremplin, faut-il le rappeler, a d’abord bénéficié aux jeunes et aux seniors, deux catégories rejetées aux marges du marché du travail. Autre signe de notre aptitude à innover en matière de sécurisation des parcours, la profession va se pencher sur les conditions – qui restent à définir – de mise en œuvre du CDI dans l’intérim, une mesure récemment débattue et à l’évidence attendue.

Au final, notre spécialisation devrait nous inviter à intervenir en amont auprès des salariés dans les entreprises en difficulté. Dans ce cadre, pourquoi ne pas permettre aux entreprises de travail temporaire d’évaluer les compétences des salariés et, en fonction des possibilités, autoriser leur délégation dans une autre entreprise ? Cette solution, qui supposerait un changement de la loi pour voir le jour, aurait le mérite de réduire les risques de licenciement économique. De même, dans une logique d’optimisation de nos compétences avec le service public de l’emploi, peut-être pourrions-nous venir en appui du Pôle emploi et accompagner les chômeurs de courte durée (moins de six mois par exemple) dans leur retour vers l’emploi ? Pareille option permettrait à Pôle emploi d’approfondir sa mission de service public sur les chômeurs de longue durée. Le gage, peut-être, d’une efficacité renforcée.

Ces quelques pistes n’épuisent évidemment pas la totalité du dossier. Mises au service d’une politique de l’emploi volontariste, elles jettent néanmoins les bases d’un reflux durable du chômage.