le 30 mai 2017
Embellie sur le marché de l’emploi : qui en profite ?

Combien d’offres d’emploi en ligne recense-t-on en France ? Connaître la réponse n’est pas anodin.

Les offres d’emploi digitales donnent à voir l’ampleur et la nature de la demande de travail non satisfaite exprimée par les entreprises. Elles dressent un panorama fidèle des postes à pourvoir : seuls les employeurs ne disposant pas de candidat pour un poste donné se donnent la peine de faire appel au marché – en diffusant une annonce.

Les offres d’emploi en ligne en disent donc davantage sur les métiers recherchés que les données sur les embauches, dont une partie se réalise sans passer d’annonce. C’est le cas de très nombreux CDD d’usage, qui concentrent la majorité du flux des embauches. Ce type de contrat concerne en effet des salariés qui, souvent, les enchaînent dans une même entreprise. Il n’y a donc pas d’action de recrutement préalable à l’embauche.

Ainsi, selon la solution Randstad Big Data, la France recensait au mois d’avril plus d’un demi-million d’offres d’emploi en ligne – 568 873 très exactement. Un chiffre en progression de 6 % sur un an. Les offres portant sur des postes en CDI, qui représentaient 52,5 % du total des offres d’emploi en avril, ont quant à elles progressé de 23,2 % sur un an.

Ces données témoignent de l’embellie sur le front de l’emploi amorcée mi-2015 avec la légère baisse du taux de chômage et confirmée, l’an dernier, par la très bonne tenue des créations nettes d’emploi dans le secteur marchand (+ 190 000, en hausse de 80 % sur un an).

À quels métiers profite cette embellie ? D’abord à des métiers qualifiés, souvent de niveau cadre. Les métiers les plus recherchés, au regard du nombre d’offres d’emploi en ligne, portent en effet sur des postes de commercial (15 143 offres d’emploi en ligne), de développeur informatique (13 601), de technicien de maintenance (11 043), de technico-commercial (7 806), de comptable (5 664) ou encore d’ingénieur d’études (5 457).

La plupart des candidats possédant les compétences associées à ces différents métiers n’ont pas de souci à se faire : ils réussiront sans peine à s’insérer sur le marché du travail. Ce sont d’ailleurs souvent les entreprises qui peinent à les recruter. Elles se retrouvent ainsi confrontées de plein fouet au paradoxe français de l’emploi : un taux de chômage de 10 % et des dizaines de milliers d’offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur.

Alors certes, au regard du nombre d’emplois concernés (accordons-nous sur une estimation basse de 100 000 à 150 000 emplois non pourvus), la problématique des métiers en tension n’explique pas la persistance du chômage de masse dans notre pays. Mais sa résolution pourrait assurément faire reculer le nombre de chômeurs de 5 % ce qui, dans le contexte actuel, serait bon à prendre.

 

Comment renouer avec le plein-emploi en France

Comment alors retrouver le plein-emploi dans l’Hexagone ? Il convient d’abord de poser le bon diagnostic.

Rappelons cette évidence : malgré son caractère massif, le chômage ne frappe pas les Français de la même façon. Le chômage, dans notre pays, est d’abord un problème de qualification : il concerne avant tout les travailleurs peu ou pas qualifiés. Ainsi, selon l’Insee, trois chômeurs sur quatre (76 %, soit 2 194 000 personnes) ont au mieux un diplôme de niveau Bac, ce qui signifie concrètement qu’ils ont soit le Bac, soit un CAP/BEP, soit pas de diplôme du tout.

Résultat en 2015, toujours d’après l’Insee, le taux de chômage des non diplômés était de 16,8 % quand celui des personnes qui avaient au moins un Bac + 2 s’établissait à 6,3 %. Par comparaison, le taux de chômage des cadres n’était lui que de 4 % (quasiment du plein emploi). Ce phénomène illustre la déficience de notre système éducatif, qu’il s’agisse de la formation initiale ou de la formation continue.

Plusieurs mesures pourraient être prises pour tenter de combler les failles.

La formation initiale d’abord. Il n’est ici pas tant question de moyens que de leur répartition. La France consacre autant d’argent à l’éducation que la moyenne des pays de l’OCDE (5 % de son PIB). L’allocation de ces moyens, cependant, n’est pas optimale. Par rapport aux pays de l’OCDE, nous accusons un déficit d’investissement de 15 % dans l’école primaire, là où s’acquièrent les compétences fondamentales comme la lecture et le calcul mental – inversement, notre pays surinvestit dans les lycées (de l’ordre de 30 %) où sont souvent proposées une multitude d’options onéreuses et peu utiles. Un rééquilibrage s’impose en faveur de l’école primaire.

L’apprentissage ensuite. D’aucuns s’accordent à vouloir le renforcer, mais les belles intentions sont rarement suivies d’actes à la hauteur des enjeux. L’apprentissage n’a pas bonne presse dans notre pays. La faute à son instrumentalisation qui l’a peu à peu transformé en un outil de la politique de l’emploi destiné à insérer les jeunes en échec scolaire. Comme le soulignait une étude de l’Institut Montaigne, l’apprentissage doit devenir « la voie normale d’un enseignement professionnel secondaire sélectif et de qualité ». Pour y arriver, il faut au préalable alléger les contraintes juridiques relatives à l’apprentissage pesant sur les entreprises (droit du contrat d’apprentissage, durée, etc.).

Dernier point, la formation continue. Dans une économie qui se digitalise à grande vitesse, les compétences demandées aux salariés évoluent et la formation, chacun en convient, est un enjeu majeur. Or, la France accuse un retard sur ce terrain. Plusieurs enquêtes de l’OCDE ont montré une obsolescence rapide des compétences acquises par les Français lors de leur formation initiale. Ce qui révèle, en creux, un problème d’accès à la formation continue. Les chiffres corroborent ce constat : 36 % de la population active adulte française en moyenne participe chaque année à une activité de formation contre 50 % en moyenne dans l’OCDE et 70 % dans les pays nordiques.

À cet égard, la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle a introduit des changements bienvenus mais insuffisants. Elle ne s’est pas attaquée, par exemple, à la question du financement, véritable boîte de Pandore qu’il nous faut avoir le courage d’ouvrir si l’on veut un jour bâtir une formation professionnelle financée sur des bases saines et transparentes. Rien ne justifie en effet que les fonds destinés à la formation professionnelle financent les organisations des partenaires sociaux. Bien sûr, cette dérive est la conséquence de leur manque d’attractivité. Faute d’attirer des salariés en nombre suffisant, elles ne peuvent compter sur les cotisations payées par leurs adhérents, qui sont très loin de générer les ressources nécessaires à leur bon fonctionnement. C’est pour cela qu’il faut absolument développer le syndicalisme de services : en favorisant l’adhésion, le syndicalisme de services pourrait à terme permettre de consacrer une plus grande part des fonds de la formation professionnelle à ce qui est leur raison-d’être, à savoir former les salariés et les chômeurs.

L’autre grand chantier est celui de la simplification. Pourquoi 56 % des diplômés de l’enseignement supérieur participent à des formations alors que cette proportion n’est que de 17 % chez les individus qui n’ont atteint que le deuxième cycle ? Pourquoi, en somme, la formation professionnelle ne bénéficie pas à ceux qui en ont le plus besoin ? Une raison est l’extrême complexité de son organisation, qui mobilise de trop nombreux acteurs. Résultat, seules les grandes entreprises (dont les salariés sont en général davantage diplômés que ceux des PME) peuvent se payer des directions des ressources humaines avec des salariés dédiés à la formation.

Les quelques mesures rapidement esquissées ci-dessus peuvent assurément apporter des solutions pour faire reculer le chômage. La route vers le retour au plein-emploi est encore longue mais rien ne serait pire que de ne pas s’y engager dès à présent.

 


Tribune initialement publiée sur Linkedin

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