le 3 avril 2017
La dernière chance du paritarisme

Certaines questions sont trop souvent laissées de côté par manque de courage face aux défis qu’elles révèlent. S’il est un temps pendant lequel ce courage doit se manifester, c’est bien celui de la campagne présidentielle. Ainsi en est-il pour le paritarisme de gestion, ce modèle qui prévaut en France, de l’assurance-chômage aux retraites complémentaires, en passant par la formation professionnelle, l’Apec, l’Agefiph et Action Logement.

Les critiques pleuvent à rencontre de cette spécificité du modèle social français : déficit insoutenable de l’Unédic, structures complexes et inefficaces de la formation et, de façon générale, gestion opaque des instances, absence de compétence des mandataires, incapacité à décider les réformes indispensables, légitimité contestée des syndicats et du patronat…. Faut-il, pour autant, renoncer à l’autonomie des partenaires sociaux vis-à-vis de l’Etat ? Nous croyons qu’il est encore possible de mettre à profit les principes vertueux que porte en elle la concertation entre les acteurs du dialogue social.

Pourquoi ? D’abord pour le bon fonctionnement de la démocratie. Suivant la formule de Michel Crozier, la société ne se change pas par décret. Même si elle est lente, voire tortueuse, la négociation collective constitue la meilleure voie pour que les changements soient acceptables par le corps social. Rien ne prouve d’ailleurs que les politiques feront mieux : les exemples foisonnent, à droite comme à gauche, de projets politiques inefficaces et ayant mal survécu à l’épreuve de la rue. De surcroît, dans un pays étatisé comme la France, l’essentiel est que le pouvoir arrête le pouvoir, autrement dit qu’existé une solide société civile dotée de vraies responsabilités.

Ensuite, un pari raisonnable est possible sur la capacité des partenaires sociaux à réformer un système dont ils sont les inventeurs historiques. Mais sous conditions de critères d’une grande exigence, dont certains seront peut-être même difficilement acceptables par les partenaires sociaux. Une forme d’ultimatum qui ne souffrira aucun aller-retour.

Comme le propose le rapport de l’Institut Montaigne, « Dernière chance pour le paritarisme de gestion », ils devraient se fixer quatre objectifs :

1 – L’équilibre des comptes. C’est une règle d’or impérative, faute de quoi l’Etat serait habilité à reprendre la main. De ce point de vue, sa garantie financière pour l’Unédic est un avantage aux effets pervers à supprimer.

2 – La transparence de la gestion. Des comptes certifiés, des pratiques de reporting à partir de multiples indicateurs, une communication active, sont, parmi bien d’autres, des pratiques à mettre en place.

3 – Des mandataires compétents. Plus que les porte-voix de l’organisation qui les a désignés, ils doivent être choisis avec rigueur, formés à leurs responsabilités pour ne pas seulement faire nombre dans les conseils d’administration.

4 – La proximité vis-à-vis des entreprises et des salariés. Trop souvent les institutions paritaires fonctionnent en vase clos, loin des préoccupations de ceux qui en sont les financeurs. Or les moyens de communication d’aujourd’hui permettent une réelle écoute des attentes des uns et des autres.

Le futur gouvernement ferait preuve de discernement en impulsant un mouvement qui permette aux syndicats et au patronat d’être eux-mêmes les acteurs de la nécessaire refondation du paritarisme de gestion.

Gérard Adam est professeur émérite au CNAM ; François Béharel est président du groupe Randstad France et membre du conseil d’administration du groupe Randstad N.V..

 


Tribune initialement publiée dans le quotidien Les Échos

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211934340564-la-derniere-chance-du-paritarisme-2077022.php