le 2 juin 2015
Le CDI intérimaire pour sortir des sentiers battus

Alors que le chômage ne cesse de franchir des seuils symboliques, revenons un instant sur la création d’un nouveau contrat : le CDI intérimaire. Nous l’avons voulu et sommes convaincus de son succès. Parce que c’est une innovation sociale majeure. Parce qu’il constitue une réponse adaptée aux besoins de notre marché du travail.

Février 2011, Randstad lance l’idée d’un CDI pour les intérimaires. Formule à première vue iconoclaste, cette innovation sociale présente la vertu d’offrir à l’intérimaire la sécurité d’un emploi durable et une employabilité accrue. Tout en répondant à l’inévitable besoin de souplesse des entreprises sur un marché du travail notoirement rigide. Bref, une solution concrète pour cette flexisécurité « à la française » dont on parle beaucoup mais qui peine à voir le jour. Cette idée poussée ensuite par la profession, puis reprise par le gouvernement, aura mis du temps à faire son chemin : prévue dans un accord de branche dès juillet 2013, elle aura dû attendre de longs mois avant la parution de son décret le 6 mars 2014.

A partir de là, les entreprises de travail temporaire se mobilisent pour mettre en oeuvre ce nouveau contrat. Il aura fallu affiner ses contours juridiques, établir les conditions d’embauche et adapter les outils et les processus (gestion des contrats de travail, de la paie, etc.). En ligne de mire, 20.000 embauches en CDI intérimaire d’ici à 2017.

Les signataires vantent ce dispositif gagnant-gagnant, satisfaits de conserver la richesse et la diversité des missions d’intérim, tout en sécurisant leur parcours professionnel. Les clients y voient une opportunité unique de capitaliser sur les talents qui grandissent au quotidien à leurs côtés.

Qui signe ? Ils sont monteur-câbleur, ouvrier de production, manutentionnaire, ouvrier de travaux publics, conducteur routier. Contrairement à ce que beaucoup pensent, il ne s’agit pas de candidats aux compétences rares : les profils pénuriques représentent seulement un candidat sur cinq.
Qui refuse ? Contre toute attente, nous avons essuyé de nombreux refus. Ce qui bat en brèche toutes les idées reçues sur ce sacro-saint CDI porté aux nues de manière collective et régulière. Plusieurs raisons invoquées : la perte des indemnités de fin de mission, qui représentent 10 % du salaire, la peur de perdre sa liberté, de ne plus pouvoir choisir ses missions, ses employeurs ou le secteur dans lequel on travaille, de se voir imposer des périodes de congés payés, le périmètre de mobilité (bien que limité dans les faits), etc. Le tout avec un système d’assurance-chômage qui favorise l’alternance entre missions rémunérées et périodes de chômage indemnisées.

Ces premiers constats démontrent que la force de ce CDI intérimaire ne repose pas tant sur le socle CDI, mais plutôt sur sa capacité à combiner « flexibilité » avec « sécurité ». Parce que c’est ce dont notre marché du travail manque cruellement. Ce nouveau contrat doit encore se libérer de certaines contraintes aberrantes, comme l’application du délai de carence et la durée limitée des missions. Aujourd’hui, par exemple, un collaborateur qui a travaillé trois semaines pour l’un de nos clients ne peut être renouvelé qu’une seule fois et nous devons encore attendre une semaine avant de pouvoir le déléguer à nouveau. Un principe contradictoire puisque l’intérimaire est en CDI. Mais cela ne saurait tarder à être réglé.

La profession a déjà signé près de deux mille contrats. Et le rythme des signatures s’accélère chaque jour. Malgré la conjoncture, la nécessaire période de mise en place et de montée en puissance, nous connaissons maintenant une phase d’accélération des embauches.
Nous savons que le CDI intérimaire saura trouver sa place dans un marché de l’emploi qui ne demande qu’à sortir des sentiers battus pour répondre au besoin criant d’agilité des entreprises et permettre aux salariés de monter en compétences de manière sûre et pérenne.

 


Tribune initialement publiée dans Les Echos

http://www.lesechos.fr/02/06/2015/LesEchos/21949-045-ECH_le-cdi-interimaire-pour-sortir-des-sentiers-battus.htm