le 28 mars 2014
L’entreprise à la reconquête de son capital confiance

De 2000 à 2008, la France a vu se créer chaque année en moyenne entre 200 000 et 300 000 entreprises. En 2009, ce chiffre a bondi et ce sont désormais plus d’un demi-million d’entreprises qui voient le jour tous les ans. L’explication est connue.

L’entrée en vigueur, le 1er janvier 2009, du régime d’auto-entrepreneur a dopé la création d’entreprise. D’aucuns relativisent cette dynamique en rappelant, à juste titre, que la grande majorité des auto-entreprises ne comptent pas de salariés. Il n’empêche. L’allégement des contraintes administratives induit par ce nouveau statut a suscité un élan entrepreneurial insoupçonné dans notre pays. Comme si les énergies, pour se libérer, n’attendaient plus que l’étreinte se desserre. C’est alors une autre image – certes, encore fragile – de l’Hexagone que les Français ont donné à voir. Une France adepte de la prise de risque, désireuse de se prendre en main, et pour laquelle travail et réalisation de soi peuvent se confondre. A rebours de bien des clichés en somme. Pris à part, le seul phénomène de l’auto-entrepreneuriat ne dit cependant pas tout des changements qui parcourent une société. En revanche, rapporté à d’autres évolutions, il laisse entrevoir un portrait inédit de notre rapport au travail.

Quelles sont ces évolutions ?

La première d’entre elles, et sans doute la plus importante, renvoie à la politique économique. Face au chômage, et pour relancer l’économie, la France a décidé d’agir sur l’offre et non sur la demande. Les réformes en cours ou à venir désignent ainsi les entreprises comme la principale courroie de transmission du redressement de la France. Au regard des pratiques antérieures, cette orientation marque un tournant. Or, aujourd’hui, les salariés sont prêts à négocier ce tournant. Mieux, ils l’attendaient. Car comme en témoigne la deuxième évolution, les Français portent un regard neuf sur l’entreprise. Ce regard est à la fois exigeant et lucide. D’après une récente enquête du cabinet Sociovision, près de deux Français sur trois (63 %) estiment que l’entreprise doit « se concentrer uniquement [sur son] rôle économique et d’employeur ». Dans le même temps, la moitié d’entre eux (52 %) jugent que son activité peut « servir l’intérêt général ». Ces résultats paraissent signifier la réhabilitation des entreprises, encore récemment si décriées : laissez-les faire leur travail, nous avons tous à y gagner, semblent dire les Français ! La troisième évolution, enfin, conforte l’image de l’entreprise devenue valeur-refuge. La dernière édition de l’étude Randstad Award sur la marque employeur, rendue publique en mars, a révélé l’attrait grandissant auprès du grand public exercé par les entreprises. Leur score d’attractivité en 2014, à 35 %, a gagné six points en un an, soit la plus forte progression toutes catégories d’employeurs confondues. S’il est encore fragile, le capital-confiance des entreprises semble s’inscrire en hausse. Or il n’y a pas de meilleur élément que la confiance pour mettre de l’huile dans les rouages d’une société – au propre comme au figuré. Sans le savoir, nous sommes peut-être les témoins d’une révolution silencieuse dont les entreprises constituent le centre de gravité. C’est de bon augure pour notre pays.

 


Tribune initialement publiée dans l’Expansion