le 6 mars 2012
Notre capacité d’adaptation, clé de I’emploi en France

A l’heure où le ministère de l’Industrie s’apprête à recevoir un rapport éclairant les bonnes pratiques sur le télétravail en entreprise, la diffusion de ce dernier laisse perplexe. Elle donne en tout cas la mesure du chemin à parcourir.

Avec seulement 9 % des salariés français qui travaillent à distance, et au regard de la moyenne européenne située à 18 %, notre pays est à la traîne. Est-ce à dire que la France est en passe de manquer la prochaine « révolution » du travail, une révolution où, sous l’influence croissante des Technologies de l´Information et de la Communication (TIC), l´instantanéité le dispute à l´efficacité ?

Répondre par l´affirmative reviendrait à occulter trois décennies d’évolutions structurelles. Au cours de cette période, l’économie française s’est tertiarisée, l´emploi s’est féminisé et le marché du travail a quelque peu gagné en souplesse. Mais si ces transformations ont fait entrer la France dans l´ère de l’économie mondialisée, la crise nous rappelle avec insistance que d’importants efforts restent à accomplir pour moderniser notre pays. Rendu indispensable par l’impératif de compétitivité qui s´impose aujourd’hui aux entreprises françaises − et s´imposera à elles de façon plus aiguë encore dans les vingt prochaines années − cet effort de modernisation passe notamment par un nouveau rapport au travail ; et à cet égard, les entreprises comme les salariés mais aussi les responsables politiques doivent dépasser les termes d´un débat public qui a (trop) longtemps mis l’accent sur le partage du travail. Une approche nouvelle est nécessaire.

Il ne s´agit désormais pas de travailler moins ou plus, mais de travailler mieux. Cette exigence nous oblige dès lors à imaginer les contours d´un « travailler autrement ». Avec, à la clé, de nouvelles formes d´organisations du travail. Celles-ci devraient se traduire par des exigences plus élevées en termes de qualifications des salariés, une plus grande autonomie et des parcours professionnels plus diversifiés. La mue numérique de l´économie, d´ores et déjà à l´œuvre sous l´effet de la diffusion ininterrompue des TIC en entreprise, devrait même précipiter la banalisation de ces modes inédits d´organisation du travail. Pour les ancrer davantage dans notre quotidien professionnel, les réseaux sociaux, aujourd´hui en pleine explosion, seront assurément un des vecteurs privilégiés. Dans certaines entreprises fleurissent d´ailleurs des réseaux sociaux internes, préfigurant une nouvelle façon de travailler basée sur l´ouverture et l´échange d´informations rapide. Bref sur une plus grande collaboration mais aussi et surtout sur une plus grande confiance.

Ainsi, d’ici vingt ans, l´entreprise laissera la part belle aux projets collaboratifs et regroupera des individus de plus en plus mobiles, liés par un projet professionnel partagé plus que par des liens d´autorité. Car si une majorité d´entre eux sera toujours salariée (en 2011, l´emploi salarié représente 90 % de l´emploi total), une part croissante travaillera sur la base de contrats souples afin, non seulement, de satisfaire aux exigences accrues d´efficacité et d´agilité des entreprises, mais aussi pour satisfaire ses propres besoins.

Jamais en effet le besoin de souplesse ne semble avoir, comme aujourd´hui, trouvé une telle résonance auprès de salariés qui, on le sait, aspirent à un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. Qu´ils se nomment portage salarial, intérim, auto-entrepreneur ou même cumul emploi-retraite, ces dispositifs ou ces contrats alternatifs permettent d´articuler les temps sociaux des individus au plus près de leurs attentes. Et ouvrent ainsi la voie à des cycles de vie organisés en plusieurs carrières professionnelles. En raison de la multiplication des expériences qu´ils autorisent, ces contrats renforcent la capacité d´adaptation des individus. Un atout de plus en plus déterminant pour réussir son insertion sur le marché du travail, au même titre que le savoir et le savoir-être.

Tandis que les métiers de demain feront appel à des profils dont nul ne peut avec certitude préciser les contours, elle permettra de bâtir un socle de compétences cohérent, même et surtout dans le cadre d´un parcours professionnel varié. En d’autres termes, elle sera un facteur d´employabilité.