le 22 avril 2014
Pour une baisse ciblée du coût du travail

Le gouvernement a érigé en priorité nationale le redressement de la compétitivité de la France. Du Cice au pacte de responsabilité, la méthode retenue relève d’une politique de l’offre. Cette politique est désormais assumée.

Concrètement, les entreprises verront d’ici à 2017 leurs coûts de production diminuer de 30 milliards d’euros – dont 20 au titre du Cice. Quels effets attendre de cette mesure ?
Alors que les marges des entreprises ont atteint un plancher historique, la baisse du coût du travail les aidera à relancer des investissements en berne. Or, le redémarrage de l’investissement privé est le préalable au retour de la croissance et, à terme, à l’emploi.

Car, rappelons-le : si le décrochage de la France par rapport à l’Allemagne s’explique d’abord par l’insuffisante montée en gamme de nos biens et services, l’évolution comparée du coût du travail l’a aggravé. Les coûts salariaux unitaires dans l’Hexagone ont progressé de près de 2 % par an en moyenne ces dix dernières années, là où leur hausse s’est limitée à 0,1 % outre-Rhin.
A côté, n’oublions pas non plus les réformes structurelles engagées dans les pays d’Europe du Sud. Bien qu’impopulaires, elles permettent à des pays tels que l’Espagne et le Portugal de bénéficier dès aujourd’hui du – léger – retour de la croissance sur le Vieux Continent.
Au sein d’une Europe affûtée, quelle est alors la place de la France ? La réponse dépend en partie du sort réservé au pacte de responsabilité, un dispositif incontournable pour la croissance et l’emploi – mais en rien un cadeau aux entreprises. A cette fin, deux facteurs économiques doivent, selon moi, être pris en considération.

Le premier concerne le SMIC. Le salaire minimum français, on le sait, est l’un des plus élevés d’Europe. Il assure notamment aux salariés les moins qualifiés une rémunération supérieure à leur productivité. Fruit d’une volonté politique, ce choix est le bon : il soutient le pouvoir d’achat de plus de trois millions de salariés.
Le SMIC a cependant les défauts de ses qualités. Comme il ne reflète pas un prix de marché, l’embauche devient particulièrement coûteuse. Ce qui pénalise l’emploi. D’où la politique d’allégements de charges sur les bas salaires instaurée au début des années 1990 et poursuivie depuis. Cette politique est pertinente. La France, en effet, n’a pas de problème de coût du travail sur les revenus moyens et les hauts revenus. Un ingénieur français ne coûte pas plus cher qu’un ingénieur allemand ou anglais.

C’est pourquoi toute baisse du coût du travail, pour être efficace, doit profiter aux revenus proches du salaire minimum. Là où notre compétitivité-coût est prise en défaut.
Le second facteur est la suite logique du premier. Contrairement au Cice et aux allégements Fillon, une baisse des charges s’appliquerait de façon indiscriminée à l’ensemble des salaires, même les plus élevés. Cela reviendrait à diminuer le coût du travail là où il n’est pas indispensable de le faire.

Pour ces raisons, et dans un impératif de compétitivité, mieux vaut élargir le Cice. Par exemple en étendant son taux : la réduction d’impôt auquel il ouvre droit passerait ainsi de 6 % à 8 % de la masse salariale. Et avec un point de sortie à 2,5 fois le SMIC, environ huit salariés sur dix seraient concernés.

Une telle mesure permettrait de renforcer le cercle vertueux. La reconstitution des marges brutes permise par le Cice, associée à sa stabilité dans le temps, redonnera confiance aux entreprises, qui pourront de nouveau investir, idéalement dans des biens et services à forte valeur ajoutée. Avec à la clef des créations d’emplois.

Alors que les entreprises ont à peine commencé à apprivoiser le Cice, celui-ci a déjà porté ses fruits. Il a permis en 2013 de freiner la progression du coût du travail hexagonal. Sans rattraper son retard de compétitivité avec l’Allemagne, la France l’a en partie comblé. La conclusion est simple : il faut intensifier nos efforts dans cette voie.

 


Tribune initialement publiée dans Les Echos

http://www.lesechos.fr/22/04/2014/LesEchos/21673-038-ECH_pour-une-baisse-ciblee-du-cout-du-travail.htm