le 5 mars 2015
Réformer l’Etat pour retrouver la confiance

Le gouvernement doit bientôt lever le voile sur la feuille de route qui guidera sa réforme de l’Etat. En jeu, améliorer l’efficacité et la cohérence de l’action de l’Etat, dans un contexte de réduction indispensable des dépenses publiques. Alors que ces dernières représentent 57 % du PIB, ne rien faire reviendrait à étouffer dans l’oeuf tout espoir de reprise.

Mais il s’agit surtout d’un impératif au regard du déficit de confiance qui caractérise notre pays. Cet invraisemblable manque d’espoir nourrit l’immobilisme, à l’heure où, précisément, la France n’a d’autre choix que d’engager des réformes structurelles. Or, sans confiance, un pays ne peut avancer qu’à coup de « réformettes » qui, si elles donnent l’illusion du changement, ne sont en réalité pas à la hauteur des enjeux ni ne trompent personne – nos partenaires européens comme les agences de notation.

La récente réforme de l’assurance-chômage en est une illustration parfaite. En s’abstenant de toucher aux règles d’indemnisation, la « réforme » verra l’Unédic continuer à creuser ses déficits. Faut-il alors baisser les bras et juger toute réforme de l’Etat hors de portée ? Ce serait oublier que d’autres pays avant nous ont redéfini les missions de leur Etat et se sont relevés de situations plus dramatiques. La Suède est l’un d’entre eux.

Ce pays plonge au début des années 1990 dans une crise économique sans précédent. Le taux de chômage explose, passant de 2 % en 1990 à 11 % en 1993. La dette publique enfle, pour atteindre 84 % en 1996. Pour assainir des finances exsangues, les décideurs politiques misent sur la réduction de la dépense publique davantage que sur la hausse des prélèvements obligatoires. Surtout, ils procèdent à une remise à plat de la gouvernance de l’Etat. Ainsi, en 2000, le nombre de fonctionnaires – désormais embauchés sur des contrats privés pour la plupart – atteint 250.000, contre 400.000 sept ans plus tôt.

Si la consolidation budgétaire a été importante, les efforts ont payé. La Suède retrouve en 1996 son niveau de PIB par tête de 1990. Le chômage passe sous la barre des 8 %. Surtout, les responsables politiques, chargés en 1994 de remettre l’économie en ordre de marche, sont réélus en 1996 et gardent la confiance des électeurs jusqu’en 2006. Plus près de nous, l’Espagne et le Portugal ont engagé de telles réformes. Douloureuses mais nécessaires, elles commencent aujourd’hui à porter leurs fruits.

A cet égard, les mesures déjà engagées en France apparaissent bien timides. Que faire dès lors ? Deux réformes de l’action publique devraient être engagées.

L’organisation territoriale d’abord. il faut revenir sur le sursis accordé aux départements. Leur maintien prévu jusqu’à 2020 au moins ne fait pas sens alors que leurs compétences pourraient utilement être transférées aux régions ainsi qu’au bloc communal. Si le législateur ne parvient pas à opérer ce transfert, l’espoir d’une rénovation rapide de l’action publique s’envolera.

La seconde piste concerne les effectifs de la fonction publique. Face à la nécessité de procéder à des économies massives, l’Etat gagnerait à s’engager dans la voie de la digitalisation bien davantage qu’il ne le fait aujourd’hui. Cela lui permettrait d’allouer ses ressources là où elles sont utiles.

Certains ne manqueront pas de voir dans ces propositions une charge contre les agents, à même de susciter une profonde résistance. C’est une erreur. Ces mesures témoignent de mon respect pour la fonction publique, rappelée à ses missions les plus nobles – des missions que le privé ne saurait remplir. Elles signalent surtout que le statu quo n’est pas une option : d’autres pays nous ont prouvé que des réformes réputées impopulaires peuvent nous sortir de l’ornière. Le projet est ambitieux : renouer la confiance entre l’Etat et les citoyens. Quel responsable politique en aura le courage ?

 


Tribune initialement publiée dans Les Echos

http://www.lesechos.fr/05/03/2015/LesEchos/21891-040-ECH_reformer-l-etat-pour-retrouver-la-confiance.htm