le 25 janvier 2023
Emploi : comment pallier les pénuries de main-d’oeuvre ?

[Click here to read the English version]

Alors qu’on pensait faire face à un phénomène transitoire encouragé par la reprise économique post crise COVID-19, les pénuries de main-d’œuvre s’installent de manière durable sur le marché de l’emploi un peu partout dans le monde. 

En France, malgré un taux de chômage encore élevé, les employeurs dans des secteurs comme l’industrie, la logistique, la santé, l’informatique, l’éducation ou le e-commerce, ne trouvent pas assez de personnes compétentes afin de pourvoir les postes vacants. Une situation qui pénalise les entreprises et qui génère un manque à gagner en termes de croissance et de recettes publiques.

Digitalisation, nouvelles formes d’emploi, nouveau rapport au travail, la période que nous vivons a vu s’accélérer les tensions sur le marché de l’emploi et fait évoluer la nature même du travail. Les attentes des individus et des entreprises sont en train de changer. L’atout de la France, contrairement à d’autres pays qui connaissent un faible taux de chômage, c’est qu’elle bénéficie de réservoirs de compétences encore sous-estimés par les recruteurs pour relever ces défis. Alors, quelles politiques pour faire avancer les choses ?

La complexité actuelle du marché du travail impose un engagement plus proactif de toutes les parties prenantes pour améliorer son fonctionnement. 

 

La formation tout au long de la vie, la nouvelle norme. 

Il s’agit d’abord d’encourager l’acquisition et la montée en compétences pour soutenir l’employabilité des individus. La formation tout au long de la vie doit devenir la norme. 

A ce titre, le compte personnel de formation est une belle innovation française. Il faut inciter les travailleurs à l’utiliser et les aider à opérer des choix pertinents au regard des besoins de l’économie. Le reste à charge ne devrait pas concerner les personnes éloignées de l’emploi ou qui souhaitent développer leurs qualifications sur des métiers pénuriques. 

L’expertise des agences d’emploi qui agissent depuis de nombreuses années en faveur de la montée en compétences de leurs salariés en CDII peut être une source d’inspiration. Le CDII offre aux collaborateurs l’opportunité de multiplier les expériences professionnelles et de se former lors des intermissions. Randstad a ainsi créé des Centres de Gestion de Compétences qui optimisent l’employabilité des salariés en CDII en leur proposant des formations adaptées aux besoins des entreprises locales. Près de 60 millions d’euros sont ainsi consacrés chaque année à cet accompagnement. 

 

Une mobilité intersectorielle à encourager

Soutenir les transitions intersectorielles est aussi un moyen d’augmenter la participation au marché du travail. La mise en place de Transitions Collectives répond de manière pertinente à cet enjeu, mais force est de constater que le dispositif patine. Trop complexe, le système mériterait de mieux équilibrer les coûts entre l’entreprise dont est issu le salarié et l’entreprise accueillante. Il comporte en outre un angle mort pourtant essentiel à son succès : l’envie des individus de se reconvertir. Comment favoriser la mise en mouvement des travailleurs vers des secteurs nouveaux sans accompagner le changement ? Pour fonctionner, le dispositif TransCo doit être repensé en mettant l’individu au centre.

 

Un potentiel inexploité

Enfin, des viviers de compétences existent dans notre pays. 1,4 million de jeunes ne sont ni en emploi, ni en formation. Le taux d’emploi de nos seniors reste, à hauteur de 56%, inférieur à la moyenne européenne. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Face à la pénurie de main-d’œuvre, il faut faciliter l’accès à l’emploi du plus grand nombre en ne laissant personne de côté et en misant sur l’inclusion. Cela passe par un changement de regard de la part des employeurs et des managers, et l’innovation sociale peut y contribuer. En France, le législateur a ainsi créé en 2018 dans la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », l’Entreprise Adaptée de Travail Temporaire (EATT) qui fait de l’intérim un levier d’insertion professionnelle pour les travailleurs handicapés. Grâce à cette expérimentation, plusieurs EATT ont vu le jour sur le territoire. Randstad a créé un réseau d’agences dédié “Kliff par Randstad” dont les premiers résultats sont très encourageants. A ce jour, ce réseau a accompagné 1 200 personnes vers l’emploi. Pourquoi ne pas utiliser la puissance de l’intérim comme tremplin vers l’emploi pour d’autres populations comme les seniors ?

Dans un monde du travail en pleine évolution, sans multiplier les nouveaux types de contrats mais en utilisant au maximum ceux déjà existants, chacun doit pouvoir réaliser son véritable potentiel et améliorer son employabilité. A ce titre, tous les acteurs de l’emploi doivent se mobiliser pour le projet France Travail qui ouvre de belles perspectives de collaboration au service du plein emploi. 

 

Frank Ribuot

Président du Groupe Randstad France et d’Ausy

 

Tribune initialement publiée le 25 janvier 2023 dans le quotidien économique français Les Echos.