Dans un contexte d’instabilité géopolitique croissante, la France s’est engagée dans un effort de réarmement inédit depuis la Guerre froide, porté par la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030. Si les financements et les commandes sont au rendez-vous, la capacité de production se heurte à un obstacle critique : la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
Dans la note de position « Renforcer la base humaine de la défense : l’emploi et les compétences, nouveaux déterminants de la montée en cadence industrielle », le groupe Randstad France explore les leviers RH indispensables pour soutenir la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD).
Une pression inédite sur les ressources humaines
Le secteur de la Défense doit passer d’une culture de prototypes produits sur le temps long à une logique de massification et de flux continus. Cette mutation exige la mobilisation de milliers de talents supplémentaires. Aujourd’hui, l’Observatoire des métiers de la BITD estime que 9 métiers sur 10 sont en tension.
Tous les profils sont concernés : des métiers industriels « cœur de chaîne » (soudeurs, usineurs, techniciens de maintenance) aux fonctions liées aux technologies de rupture comme la cyberdéfense ou l’intelligence artificielle.
Les leviers pour élargir le vivier de talents
Pour pallier ces pénuries, le groupe Randstad identifie plusieurs gisements de compétences sous-explorés :
La mobilité intersectorielle : favoriser les passerelles avec des industries civiles adjacentes (automobile, aéronautique) dont les compétences techniques sont transférables.
La diversité et l’inclusion : le secteur, qui compte seulement 18% de femmes, doit impérativement s’ouvrir davantage aux talents féminins, mais aussi aux seniors et aux personnes en situation de handicap.
Le potentiel de l’intérim : actuellement sous-utilisé dans la Défense (2,5% de recours contre 7,6% dans le reste de l’industrie), l’intérim constitue un levier d’agilité majeur et un sas de préqualification efficace vers le CDI.
La valorisation des parcours militaires : accompagner la reconversion des militaires vers l’industrie civile, où leur culture de la sécurité et leur connaissance des systèmes sont des atouts stratégiques.
Recommandations pour une approche collective
Face à l’urgence, le groupe Randstad plaide pour une réponse coordonnée. Parmi les recommandations clés figurent la création de pôles territoriaux de compétences « Défense », la simplification des processus d’habilitation de sécurité, le recours à l’intérim comme sas de préqualification et le renforcement de la visibilité de la filière auprès des jeunes.
« Je suis convaincu que seule une approche collective, rassemblant les acteurs de l’emploi, les industriels, les pôles de compétitivité et les structures institutionnelles, nous permettra de créer ces parcours, d’imaginer des passerelles et, in fine, de répondre aux besoins en compétences dans les bassins d’emploi. », affirme Benoit Labrousse, Président du groupe Randstad France.
