le 3 février 2026
Mixité des métiers : halte au gâchis économique et éthique !
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Les progrès techniques observés ces dernières décennies sont époustouflants : nous envoyons des sondes sur Mars, nous développons l’intelligence artificielle la plus sophistiquée… et pourtant, dans nos entreprises, certains continuent encore à séparer les talents comme au 19e siècle : les femmes d’un côté, les hommes de l’autre.

Mais concrètement, où en sommes-nous ?

Un métier est dit mixte lorsque chaque sexe occupe entre 35% et 65% de la part des emplois. La réalité est brutale : en France, seul un salarié sur cinq exerce un métier mixte.  On observe, d’un côté, des bastions masculins comme l’Industrie ou le BTP (moins de 30% de femmes) qui font pourtant face à une crise de recrutement ; de l’autre, les métiers du « care » (santé, aide à la personne) exercés à plus de 75% par des femmes et souvent caractérisés par une pénibilité accrue et des salaires bas.

La non-mixité est également verticale : si la part des femmes cadres (42,6%) a doublé depuis les années 80 – un vrai progrès –, les chiffres restent quasi stables dans la population des ouvriers (très masculins) et des employés (très féminins). Notre société progresse par le haut, mais stagne au niveau de sa base.

Ces clivages ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont le symptôme d’une discrimination qui limite l’innovation, aggrave les pénuries et contredit nos valeurs fondamentales d’équité. Il est temps d’arrêter de considérer la mixité comme un simple instrument d’une politique RSE. Il devient impératif de l’envisager comme une composante fondamentale de la stratégie des organisations. 

Les études le prouvent : la mixité est favorable à la rentabilité d’une organisation. Ainsi, les entreprises dont la représentation des femmes dépasse 30% dans les équipes de direction sont 39% plus susceptibles de surpasser la rentabilité moyenne de leur secteur. La diversité des expériences et des modes de pensée favorise la remise en question des idées reçues, ce qui nourrit l’innovation : une équipe mixte produit à la fois une analyse des risques plus complète et des solutions plus robustes.

Favoriser la mixité, c’est aussi doubler le réservoir de talents et rendre l’entreprise plus résiliente. Face aux besoins critiques dans l’IT, l’ingénierie ou les services à la personne, se priver de la moitié de la population active est une hérésie économique.

Et bien sûr, promouvoir la mixité, c’est permettre à chacune et chacun de choisir sa carrière sans être limité par son genre, et lutter contre le sexisme ordinaire en créant un environnement de travail sécurisant et valorisant.

Accepter 80% de métiers non mixtes, c’est donc accepter une perte d’innovation, une pénurie de talents auto-infligée et une hypocrisie éthique. Pouvons-nous nous permettre de continuer à être aussi médiocres ? Il faut passer à l’action, déverrouiller nos pratiques et actionner sans attendre les leviers à disposition, sur tous les fronts.

Pour changer la donne, nous devons d’abord nous appuyer sur une nouvelle ambition législative. La loi Rixain de 2021 a prouvé que la contrainte fonctionne pour féminiser les instances dirigeantes. Ayons le courage d’étendre cette logique aux filières métiers. Pourquoi ne pas fixer des objectifs de mixité par branche ? L’Index de l’égalité professionnelle femmes hommes, qui s’impose à toutes les entreprises d’au moins 50 salariés, doit évoluer pour mesurer non plus seulement les écarts de salaires, mais la mixité réelle des emplois.

La bataille se gagnera aussi sur le front de l’éducation. Pour briser les stéréotypes intériorisés dès l’enfance, l’école doit dégenrer les parcours de réussite. En exposant, dès le collège, les jeunes filles aux carrières scientifiques et les garçons aux métiers du soin ou du social, nous remplaçons l’auto-censure par de nouveaux modèles d’identification. C’est ainsi que nous libérerons les choix d’orientation de leurs biais d’origine.

Enfin, l’entreprise a bien sûr une large part à jouer dans la promotion de la mixité, en formant ses managers aux biais de genre inconscients, en garantissant des processus de recrutement et de promotion fondés sur les seules compétences, ou encore en facilitant la parentalité partagée, afin d’éviter que les femmes devenues mères ne risquent un ralentissement de leur carrière.

La mixité n’est plus une option. C’est le marqueur d’une économie mature et d’une société libre. Agissons pour que, demain, tous les emplois se conjuguent vraiment au féminin comme au masculin.

Tribune initialement publiée le 17 janvier 2026 dans le journal La Tribune.